10- Fait historique

     La dernière page de blog de notre année 2020 nous relatait la tentative de prise de la Rochelle par la Marine anglaise.

    Ces Messieurs ont dû mal digérer le merle à la sauce aixoise que nous leur avions donné……puisque l’année suivante, en 1758, ils se dirigèrent sur nos côtes de Normandie et firent un désastre. Il s’agit ici d’un épisode dramatique de la guerre de Sept ans.

     Merci à Jacques Piquard et Pierre-Yves Jolivet pour nous avoir trouvé cet épisode historique dans le registre du Vrétot. M.Duthy      

Raid anglais sur Cherbourg en 1758

Les anglois en guerre avec la France et commettant journellement des hostilités sur mer en pirattant et prenant tous les vaissaux marchands paroissoient sur mer sans que la france leur en eut donné aucun sujet, dans le dessein de semparer de la normandie firent paroistre sur nos costes de Carterel et Baubigny avant la foire de st paul une flotte de plus de cent vingt ou trente navires, je me (suis) transporté avec plusieurs parroissiens pour en être témoins de certain jusques a la masse demoulin en la Lande de Bavent, ou nous l’appercumes bien clairement, on la voyoit aussi du hault de la piece des Camaillerie du hault du Vretot.

Cette flotte fut tenter de prendre st mâlo, mais voyant limpossibilité, descendirent a Cancale et St Servant, ou ils brulerent viron soixantes navires marchands qui étoient dans le basin.  

Apres cette expedition cette flotte vint se presenter devant cherbourg, mais après avoir essuyé quelques coups de canon des forts de cherbourg, ils se retirerent et retournerent en Engleterre prendre des rafraischissements. 

Un comte, dont je passe le nom sous silence et qui ne mérite que…….avait le commandement géneral congedia les trouppes gardes costes que l’on avoit fait marcher ; il y en avait de cette parroisse quarante vaillants garçons et a leur teste Monsieur Pinel sieur du Danois Lieutenant dans une compagnie, il les congedia, dis-je, sous pretexte que les anglois avoient abandonné leur dessein. Quelques prisonniers échappés d’angleterre et qui aborderent sur nos costes dans une petite chaloupe rapporterent qu’il y avoit un armement formidable prest a faire voile sur les costes de Normandie et malgré cette nouvelle Le Comte….. demeuroit tranquille ; L’allarme redoubla et il rappella lamoitie des trouppes gardes costes au mont Epinguet ou étoit le Cartier General. 

Le quatre aoust il parut trente a quarante navires a la hauteur du Cap de la hague, et bientôt se multiplierent jusques a cent trente navires de tout espece, qui vinrent moüiller devant cherbourg le cinq, alors notre comte fist assembler le corps de quatre a cinq mille hommes gardes costes, deux bataillons du regiment d’Orion, un bataillon de Lorraine, et un du régiment de Clare Irlandois Etranger, avec les dragons du regiment de Languedoc. 

La flotte angloise couvroit le rivage de la mer et l’a bordoit depuis querqueville jusques a cherbourg. Le sept a une heure après minuict les Galliottes jetterent quelques bombes sur la ville et continuerent le feu jusques a dix heures du matin, ce qui n’endommagea pas la ville, et dont personne ne fut tué : a onze heures le vaisseau amiral tira un coup de canon et toutte la flotte angloise appareilla, se mist en mouvement et se porta sous Nacqueville et querqueville ou les anglois descendirent en petit nombre pour le moment a la faveur d’un feu terrible de lartillerie de tous les navires. 

Les habitants de cherbourg qui s’étoient fortifiés et retranchés passerent plusieurs jours et nuicts sous les armes toujours prest a soutenit leur patrie, on fit marcher en avant deux bataillons d’Orion, et de clare, les Dragons et quelques picquets des gardes cotes ; le feu terrible et continuel de la flotte fist prendre le mord aux dents aux chevaux des dragons, qui furent obligés de mettre pied a terre et abandonner les chevaux, ce qui causa un peu de desordre dans nos trouppes.

Les colonels d’Orion et de clâre voyant la lacheté du Commandant demanderent la liberté de commander leurs trouppes qui bruloient tous du desir de donner sur lennemy, le General refusa, et vertu de son pouvoir empescha de faire aucune resistance et fist retourner les trouppes au mont Epinguet.

Les Ennemis étoient au nombre de sept mille cinq cents hommes et quatorze cents cavaliers, notre General en avoit autant sous ses ordres, il leurs donna tout le temps de descendre paisiblement, il fist encloüer tous les canons de grand matin avec des cloux de plomb, sans en avoir fait servir un seul contre l’ennemy qui descendit sans coup feril, entra victorieux dans la ville qui envoya un deputé suivi des corps de ville et de justice pour compliment(é) le General Bligh, Lui remettre les clefs d’une ville sans portes et murailles.

Les habitants capitulerent par quarante quatre mille livres au moyen de quoy le general promist dempescher le pillage, qui a la verité ne fut pas considerable dans la ville, mais les fauxbourgs et les paroisses voisines deux lieües alaronde soufrirent baucoup et totallement ruinéés, les Eglises profanéés pilléés et ravagéés, les curés dépoüillés deleurs habits, le bestail enlevé, plusieurs personnes du sexe insultéés, tous les ouvrages duport renversés, le pont qui étoit un ouvrage merveilleux brulé et détruit, soixante et quatre navires qui étoient dans le bassin brulés, trente quatre pieces de canons delaplus belle artillerie enlevéés, et deux mortiers , toutes les cloches de l abbaÿe enlevéés, mais par consideration pour Monsieur Pâris curé de cherbourg le general se contenta de la moindre des cloches de l’Eglise et laissa les autres. Le service divin fut interrompu tout le temps que Les anglois furent dans cette infortunéé ville, et ce qui est a la loüange du General Bligh est d’avoir donné en partant la somme de quatre mille deux cents livres a monsieur le curé de cherbourg pour distribuer aux pauvres marchands qui avoient le plus souffert ; le Prince de Galles fils du Roy d’angleterre y étoit en personne mais il séjournait très peu dans la ville, et se retirait toujours sur mer.  Messieurs d harcourt Lieutenant general, et de Luxembourg Gouverneur de la Normandie vinrent au secours a grandes journéés, mais par une prudence consomméé ils ne jugerent pas apropos de donner sur lennemy qui s’étoit emparé de tous les canons, Eux qui n’en avoient que tres peu.

 Nous avons eté en allarmes dans tout le païs pendant six semaines, et il y eut une allerte a deux heures apres midy en cette parroisse le jour de lassomption, les habitants de Surtainville et autres bordains arrivoient avec leurs chevaux chargés de leurs Enfants et bestail, et je diray a la Loüange de La parroisse qu’on appareilla pour aller audevant au premier coup de cloche.

 

Copie de l’ordre du General Bligh anglois.

 Nous Le Lieutenant General Bligh Colonel du Regiment de cavalerie commandant en chef des arméés de sa Majesté Britanique etc. etc. faisons scavoir atous les habitants que la descente que nous avons faitte sur cette coste avec la puissante arméé sous nos ordres soutenue par le formidable armement que(qui) nous avons sur mer, n’est point avec intention de faire la guerre aux habitants du paÿs sinon a ceux que nous trouverons armés ou autrement en opposition a la juste guerre que nous faisons a Sa Majesté tres chretienne. Qu’il soit donc connu a tous ceux qui veulent rester en paisible possession de leurs biens et leurs habitations, qu’ils peuvent demeurer tranquillement dans leurs domicilles respectifs et vacquer a leurs metiers et professions ordinaires, et que hormis les Droits et taxes coutumieres etles contributions ordinaires quils payoent a leur Roy ; on n’exigera rien d’Eux soit en argent ou enmarchandises que ce qui sera absolument necessaire pour la subsistance de L’arméé, et qu’on payera en argent comptant toutes les provisions qu’on y apportera. Au contraire si malgré cette declaration quenous avons bien voulu donner, les habtiants des villes ou villages emportent leurs meubles effets ou provisions et abandonnent leurs maisons ou domicilles, nous traiterons tels delinquants comme Ennemis declarés et détruirons par feux et flames ou tout autrement que sera dans notre pouvoir leurs ville, villages, domicilles ou maisons.

 Donné au quartier du Roy ce 5 aout 1758 signé Tho Bligh. Par ordre de son Excellence signé Phil.francis.

 

Notes :

AD Manche Registre paroissial du Vrétot  1740-1759 pages 340 à 343.

https://www.archives-manche.fr/ark:/57115/s005df501af2cf31/5df501b37456b

 (Je n’ai pas respecté les lignes du registre ;  c’est long et je doutai de la place dans la page de blog.) 

Notre Base genea50 :  https://gw.geneanet.org/genea50com_w 

Personnages :

Pinel :  Jean François Hyacinthe PINEL 1730-1780

Monsieur de Luxembourg Gouverneur de la Normandie : Charles François Frédéric de MONTMORENCY

 Comte de Rémond : le général comte Pierre de Raymond, peu apprécié d'Harcourt ni de ses troupes, mais protégé par la marquise de Pompadour

 Régiment d’Orion et de Clare :  régiments irlandais de Clare et liégeois d'Horion,  Le lieutenant-colonel de Grant, du régiment de Clare.

 Bligh : Thomas Bligh

Prince de Galles : il s’agirait plutôt du prince Édouard, frère puîné du prince de Galles.

 Lire aussi : Document1 (monsite-orange.fr)

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